Discours sur le genre : science ou idéologie?

Des militants LGBTQ voudraient nous faire admettre un faux dilemme, celui qui veut que l’on ait le choix entre accepter TOUTES les prétentions et revendications qui viennent de ceux qui s’identifient à ce sigle, ou être un homophobe transphobe réactionnaire intolérant semblable aux intégristes religieux et d’extrême-droite. En ce qui me concerne, je persiste à considérer qu’il y a des voies intermédiaires. Aussi, je me dissocie désormais du militantisme LGBTQ. J’aimerais prendre un petit moment de mon congé de Noël pour critiquer ce billet qu’un contact a amené à mon attention, dans lequel on reproche à Yvon Dallaire de « contribuer […] à la stigmatisation [d’un] groupe déjà vulnérable » et de tenir un discours qui « comporte plusieurs informations qui ne sont pas cohérentes avec les données probantes en recherche. »

Tout d’abord, cette lettre ouverte laisse entendre que les recherches sur l’identité de genre chez les enfants, sur les problèmes vécus par les jeunes personnes trans et les facteurs qui causent ceux-ci, ainsi que sur les transitions et leurs résultats sur le bien-être de la personne, apportent des conclusions très claires. Par contre, on ne nous fournit pas le moindre lien pour vérifier par nous-mêmes. Je ne suis certes pas en position de trancher sur qui dit vrai dans tout cela – Yvon Dallaire, les signataires de la lettre ou ni l’un ni les autres – mais je sais au moins que, pour les questions relatives au transgenrisme, il existe des sources qui se contredisent et il y a place à la discussion. Je sais aussi qu’on cherche souvent à faire taire des gens. Or quand on est capable d’apporter des preuves scientifiques qu’on a raison et que l’autre a tort, il suffit de le faire, il est inutile de chercher à museler ceux qui nous contredisent.

On nous parle du « mythe de l’insatisfaction » : on affirme qu’il est faux qu’il y a des personnes insatisfaites après leur transition. J’aurais bien aimé des justifications à cela, parce qu’à ma connaissance, il y a des personnes qui reviennent arrière après avoir entrepris une transition. Cari Stella, par exemple. Bien sûr, sachant cela, d’autres questions se posent, quelle proportion des transsexuels ces personnes représentent notamment. Seulement, présenter l’insatisfaction comme un mythe alors que celle-ci existe montre bien le biais idéologique des signataires : quand on passe sous silence des éléments de la réalité pour se donner raison, on ne fait pas de la science. D’ailleurs, leur biais idéologique est d’autant plus évident qu’ils tombent carrément dans le point Godwin : « Le mythe de l’insatisfaction après la chirurgie est véhiculé par des groupes d’extrême droite […] »

J’ai également tiqué sur ce passage-ci : « Cet énoncé n’a aucune validité et une fois de plus ignore les données scientifiques qui indiquent que, tout comme l’orientation sexuelle, l’identité de genre, qui se précise bien avant la puberté, ne peut être modifiée. » Cette fausse analogie entre la dysphorie de genre et une orientation sexuelle autre qu’hétérosexuelle[1] est souvent utilisée par les militants LGBTQ, de façon à pouvoir classer ceux qui sont critiques de certains aspects de l’idéologie du genre (que certains désignent comme une « théorie ») avec les homophobes. Cela leur permet du coup de faire un sophisme d’appel à la nouveauté pour accompagner leur fausse analogie : « Au 21e siècle, les droits des personnes homosexuelles et bisexuelles sont reconnus, et ceux des personnes trans et non binaires viennent avec. » Quoi qu’il en soit, cette comparaison n’est pas toujours à l’avantage des orientations idéologiques que semblent partager les signataires de cette lettre. En effet, ils suggèrent que l’identité de genre est immuable, tout comme l’orientation sexuelle. Or il se trouve que l’orientation sexuelle n’est pas toujours immuable. Elle ne peut pas être modifiée volontairement, certes, mais il y a des personnes dont l’orientation sexuelle se modifie au cours de leur vie[2]. Serait-ce la même chose pour ce qu’on appelle l’identité de genre ?

Finalement, vous comprendrez pourquoi le dernier paragraphe me fait sourire : « En conclusion, et à la lumière des recherches actuelles sur le sujet, il nous apparait que plusieurs informations rapportées dans cette entrevue ne sont pas conformes aux données probantes les plus récentes sur le sujet et paradoxalement, les idées proposées semblent davantage reposer sur l’idéologie que la science. » Il est possible que les signataires aient raison d’écrire cela d’Yvon Dallaire, mais ils feraient bien de prendre conscience que le chapeau leur fait à eux aussi. D’ailleurs, il est à noter qu’on invoque les recherches « menées par plusieurs des signataires de cette lettre ». Or cette lettre n’a que 16 signataires, dont certains sont des militants et non des scientifiques. D’autres œuvrent dans des domaines qui seraient censés être scientifiques (puisqu’ils relèvent des sciences sociales) mais dont on a des bonnes raisons de soupçonner qu’ils sont plutôt devenus idéologiques, tels que la sociologie et les études féministes.

Pour conclure, il se peut fort bien que des militants LGBTQ en viennent à lire ce billet et souhaitent me dire ce qu’ils me disent d’habitude quand je m’exprime sur ce sujet-là : de me la fermer. Il paraît que je devrais me la fermer parce que je ne sais pas de quoi je parle. Eh bien, si vous savez mieux que moi et avez des informations pour moi, je suis preneuse. Par contre, je ne renoncerai pas à mon droit de parler de ce que je veux. Et arrêtez de vous réclamer de la science : chercher à faire taire ceux qui posent des questions ou qui émettent des opinions contraires, c’est le propre de l’idéologie, certainement pas celui de la science.

 

 

[1] Il s’agit d’une fausse analogie, c’est-à-dire une comparaison fallacieuse, car ressentir des désirs homosexuels et avoir des rapports homosexuels n’est tout simplement pas la même chose que la dysphorie de genre. Je me suis toujours opposée au sigle LGBTQ, même lorsqu’il s’arrêtait à T, pour cette raison. Je suis d’avis qu’il faut distinguer les choses afin de trouver des solutions adéquates à chaque problème qui se pose.

[2] Ici j’insiste : je ne suis pas du tout en train d’affirmer qu’on choisit son orientation sexuelle, encore moins d’appuyer les « thérapies » visant à « soigner » les personnes homosexuelles. Ce n’est pas parce que quelque chose est acquis que ça fait l’objet d’un choix.

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